mercredi 24 mai 2017

S’ajuster à ce qui est

Un mercredi matin.  
Je me pose sur le coussin.
De retour d’un séjour au Québec, un peu cassée par le décalage horaire. 

Je reprends le travail aujourd’hui, des urgences m’attendent.

Je suis surprise.  Je pensais voir le stress - à l’idée de ce qui m’attend - affluer à la surface mais en fait le fond de mon esprit est calme.

Voilà quelque chose qui ne cesse de m’étonner.  On est occupé par sa vie, les choses à faire, on a l’impression d’être comme ceci ou comme cela.  D’aller plutôt pas mal, ou très bien, ou très moyen.

Puis, lorsqu’on se pose sur le coussin, c’est quelque chose d’autre qui apparaît.  On avait l’impression d’aller plutôt pas mal, normal quoi, et un sentiment de tristesse remonte à la surface sur le coussin. Ou alors c’est l’inverse, on avait l’impression d’être énervé et la séance sur le coussin fait apparaître un état d’esprit neutre.

J’aime bien dire que la pratique de la méditation est un rendez-vous avec soi-même.  
L’espace de quelques instants, notre être s’ajuste à ce qu’il est à ce moment même. Ajusté comme lorsque l’on met une veste.  On met la veste, puis on tire un peu sur les manches, sur le revers, on hausse les épaules.  Petits gestes de rien du tout qui permettent à la veste de bien tomber, d’être bien portée.

Quelques instants sur le coussin et on s’ajuste à soi-même. Ce n’est rien du tout mais cela change tout. A partir du moment où l’on est d’équerre, peu importe si l’équerre est triste ou joyeuse ce jour là, tout est à sa juste place, comme dans un mandala.

« Le mandala nous montre l’image d’une unité entière qui inclut les différences et les tensions d’une manière harmonieuse. Il répond à un projet visant à éveiller l’être humain à son propre secret (…) L’entièreté (…) est le caractère de ce à quoi rien ne manque pour être. Une plénitude vivante, ouverte et chaleureuse. »  

Anne Vignau
Saint-Gratien

mardi 23 mai 2017

La méditation fait partie de mon quotidien

Georgia O’Keeffe.
Le vent balaie les derniers nuages.
La méditation telle qu’elle est transmise à l’Ecole occidentale fait partie de mon quotidien depuis bientôt sept ans. 

Rares sont les jours où je fais l’impasse, à vrai dire je crois que je n’ai jamais laissé passer plus de trois jours sans m’y mettre. 

Certainement,  j’ai peur que ce lien à la pratique, tel un fil de soie, puisse casser,  se déchirer.
Ne voulant pas prendre ce risque j’ai opté pour la régularité qui entretient la souplesse, l’élasticité et la résistance du fil. 

Ce matin je suis partie de chez moi pour le troisième jour consécutif sans pratique. 

Finalement, qu’est-ce qui est différent ?  

Qu’est-ce qui manque ?  Puisque en apparence, c’est pareil :  Je pars en courant, car il est déjà plus tard que je ne voulais, je n’ai pas réussi  à finir de ranger, à  répondre au téléphone, à prendre le parapluie …. J’emprunte le même chemin,  le métro aux mêmes heures, je révise le mouvement. Le vent balaie les derniers nuages pendant le trajet,  j’arrive à destination avec un léger retard et ça m’énerve.

Ce matin, cet état de fait pas rare était plus pesant, plus dense, plus collant.
Je perçois la différence  par contraste. 

La pratique, c’est comme si elle ouvrait un pan de moi à un espace inconnu de moi mais bien réel. C’est comme si ‘moi’ était assis sur quelque chose d’ouvert. 

Un pan de moi, à mon insu, en lien direct avec le monde. Mon voyage est beaucoup plus intéressant. 

Moins préoccupée par mon retard, je regarde, j’imagine, j’observe, je suis beaucoup plus tranquille et confiante - la journée prendra l’allure qui sera la sienne. Quoiqu'il advienne, quelque chose se tient ouvert..

Le poème de Nelly Sachs me vient à l’esprit, S’en aller sans un regard en arrière, c’est le trente troisième des poèmes rassemblés par Fabrice Midal dans Etre au monde

S’en aller  sans un regard en arrière
Des yeux éloigner même l’occasion des larmes
Lorsque Tsong Khapa quitta son maître
Il ne se retourna pas vers lui
L’adieu habitait son pas
Le temps jaillissait en flammes de ses épaules -
L’Abandonné cria :
“Jetez son abri à l’abîme”
Et sur l’abîme flotta l’abri
Transpercé par l’éclat de cinq couleurs
Et lui marchait sans adieu
Au lieu livide du seul esprit
Sa demeure n’était plus une maison
Mais lumière

Elisabeth Larivière
Paris

samedi 20 mai 2017

Quand la méditation résonne à la Salle Pleyel

Incroyable journée que celle que nous avons vécue le 19 mai à la Salle Pleyel de Paris.

L'École occidentale de méditation avait co-organisé, avec les magazines La Vie et Sens & Santé, une grande journée autour des thèmes de la méditation et de la santé : 
Vers une santé corps-esprit.

Pour l'occasion enseignants, médecins et méditants étaient réunis pour partager leur expérience de la pratique, intégrée à leur métier, à leur quotidien, à leur vie.

Après une introduction de Matthieu Ricard (en direct vidéo depuis son ermitage au Népal), Christophe André, Jean-Gérard Bloch, Nicole Bordeleau, Marc Galy, Fabrice Midal, Frédéric Lenoir, étaient prêts à transmettre leur compréhension de la pratique et la manière dont elle s'inscrit dans leur vie pour mieux soigner, mieux comprendre, mieux accompagner.

Pour ma part j'ai conclu la journée en montrant le sens de chemin qu'elle représente.
La méditation n'est pas une technique, elle est un chemin de vie.

Témoignages et exposés détaillés se sont enchaînés sans relâche. 

Avec, souvent, beaucoup d'émotions dans la salle. 

Avec, toujours, un grand amour pour la méditation, palpable aussi bien sur la scène de Pleyel que dans la salle, attentive et bienveillante.

La méditation est aujourd'hui connue, acceptée, utilisée, protocolisée... Mais ce 19 mai c'est vraiment l'amour de la pratique qui s'exprimait, le respect pour sa puissance de guérison, de transformation, d'ouverture.

Les bénévoles de l'École ont œuvré toute la journée, avec douceur et délicatesse, pour accueillir, guider, informer les quelques 1800 participants. Ils ont été un bel exemple de méditation en action.

Je garderai le souvenir de cette journée comme un précieux trésor. 
Oui faire amplement résonner Pleine présence, Confiance et Amour bienveillant est possible.
Nous l'avons fait. 

Merci à chacune, chacun.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

jeudi 18 mai 2017

Vouloir être rassuré

La méditation tranche radicalement avec le mouvement habituel que nous avons à vouloir être rassurés.
Être rassurés par un ami, un maître, un parent, un conjoint, un enfant … peu importe ! Mais quelqu’un qui nous assure dans notre être, nous confirme notre existence, prend en charge une part du poids de celle-ci.

C’est le mouvement qui se cache dans nombre de nos actions, de nos dispositions, de nos désirs, de nos projets. Parfois c’est apparent mais le plus souvent, la manière dont nous ne voulons pas prendre notre part nous est subtilement inconnue. Or l’existence humaine nous appelle à assumer l’humanité que nous avons reçu en partage à notre arrivée sur cette terre.

Pourquoi est-ce si difficile ?

Sans doute parce qu’il y a quelque chose à tenir et à déployer pour qu’au travers notre existence ce que c’est qu’un être humain brille parmi les autres hommes. Sans doute parce que c’est un travail de ne pas passer son existence à sommeiller de divertissement en divertissement. Un travail à reprendre et encore, un travail pour se tenir droit, alerte, ouvert. Vous me voyez venir …
S’assoir sur le coussin, croiser les jambes, laisser le dos à sa verticalité native et nous sommes au travail. Nous rejoignons l’expérience la plus simple d’être humain, juste être. Nous nous sommes donnés ce temps, une demi-heure, 3/4 d'heure ou même 5 minutes, pour se relier à cette expérience qui nous est pourtant la plus immédiate.

Nous ne briserons pas l’énigme de cet être insaisissable.
Nous ne le mettrons pas dans une petite boîte bien étiquetée comme une boîte de clous dans un magasin de bricolage.

Nous ne serons jamais rassuré par l’idée de pouvoir retrouver tout notre être bien rangé à sa place dans le bon rayon: travail-amour-famille-amis-loisir.

S’assoir, c’est constater que nous ne pourrons jamais trouver de refuge ailleurs que dans ce qui est là, maintenant, juste là, cet instant-ci.

Voilà qui est bien inconfortable ! Et voilà aussi la raison pour laquelle c’est une pratique qui, comme toute pratique, demande un entraînement. Ainsi, il y aura des moments où ce mouvement habituel au rassurement s’arrêtera, éclat de présence !

Et nous découvrirons que, même dans l’inconfort, rien pourtant ne s’écroule, ça va, qu'au-délà même du ça va, nous sentirons que notre être a du champ pour son libre mouvement. Nous découvrirons que c’est spacieux et ouvert, même si cela n’a pas nom comme la boîte à clou a un nom.

Puis, de la même manière que ça c’est ouvert, ça se refermera, et comme nous aurons goûté à la vivacité et la brillance du présent, nous nous assiérons demain, et après demain et …

Marine Manouvrier
Bruxelles

Ce texte est issu d'un enseignement du Stage 2 Entrer dans la Confiance qui aura lieu du 17 au 21 juin 2017 en Normandie.

jeudi 11 mai 2017

Entrer en amitié avec soi

Reading a letter - Thomas Benjamin Kennington
Dans le très beau livre de Maurice Zermatten, « Les années Valaisannes de Rilke », j’ai découvert un magnifique passage sur l’amitié. Proche de la petite tour où s’est établi Rainer Maria Rilke à la fin de sa vie, vivait Mme de Sépibus...

« Ce que Mme de Sépibus fut pour le poète, il est difficile de le dire avec ces gros mots de tous les jours qui risquent sans cesse de signifier trop ou trop peu. Le langage du poète, si riche en demi-teintes, si constamment appliqué à signifier le réel par d’insaisissables formes, nous serait nécessaire. Elle sut être silencieuse, simplement présente quand la solitude pesait de trop de poids sur le cœur de l’ermite. Que l’on songe qu’après les Elégies et les Sonnets, nulle grande œuvre ne l’accapare. De longues journées, de longues heures nocturnes s’offrent à la méditation et à l’étude mais il est un terme à tout renoncement. Alors l’amie ouvrait sa porte, ne demandait rien, s’enquérait avec respect de l’état de santé jamais brillante du poète. Elle lisait les livres dont il parlait avec chaleur, découvrait par lui la beauté multiple du monde, apprenait à aimer les animaux, les arbres, le soleil, la terre d’un cœur fraternel. Une âme s’épanouissait, œuvre vivante dans laquelle le poète pouvait retrouver sa propre image. »

Je trouve que ce passage éclaire magnifiquement le geste que l’on fait dans la pratique de la méditation.
Dans la méditation, on entre en amitié avec soi par la simple présence et le silence... 
Quand on s’assoit sur son coussin, on ouvre la porte à ce qui est là.
On ne demande rien. On est juste présent. Au lieu de se crisper, de claquer la porte et de s’en vouloir parce qu’on a trop de pensées ou qu’on a mal quelque part, on ne fait rien. On se prend comme on est.
Par notre attention chaleureuse et ouverte, on s’enquière avec respect de notre état de santé. Simplement en ne faisant rien, en n’essayant pas de réussir quelque chose, en étant juste là, on remarque la tonalité qui est la nôtre. On voit comment est notre esprit. On remarque peut-être la présence d’une émotion particulière. On ne fait rien. Tout a le droit d’être.
On suit juste délicatement son souffle, avec la même délicatesse que lorsqu’on lit un livre de poésie. On s’accorde au léger mouvement d’abandon qu’est l’expiration et par là, on s’ouvre peu à peu à la beauté multiple du monde. Tout est là, les arbres, le soleil et la terre.
Ainsi, la pratique de la méditation, tout comme l’amitié véritable, nous aide à aimer ce qui est d’un cœur fraternel et à retrouver sa propre image.

Guillaume Vianin
Neuchâtel

mercredi 10 mai 2017

Juste une sorte de politesse

J’ai la chance en ce moment d’aller régulièrement à Orléans pour parler d’architecture à des étudiants. La salle dans laquelle j’interviens se situe au sous-sol du musée des Beaux-arts de la ville. Quand on en sort, on passe nécessairement à l’entrée de la galerie où sont exposées les œuvres modernes et contemporaines. Au fond de la galerie il y a une grande toile de Simon Hantaï : Étude (D.84.2.1).
On la voit depuis l’entrée. On ne voit qu’elle, elle nous appelle.
Lorsque je sors de la salle de conférences à la fin de la séance, je ne peux m’empêcher d’aller vers elle et de rester quelques instants à ses côtés. Peu à peu nous avons appris à nous connaître. Maintenant, à peine je l’aperçois et mon cœur est apaisé. Elle est devenue comme une amie que j’ai plaisir à visiter. Chaque fois je la retrouve et je la reconnais. L’architecte Louis I. Kahn parle de cela à propos de la musique : 

« Quand nous entendons les accords d’un chef-d’œuvre musical familier, c’est comme si quelqu’un de familier entrait dans la pièce ». 

Quand je vois les accords de l’Étude d’Orléans, j’ai l’impression de rentrer à la maison. Comme un enfant qui ouvre la porte de sa chambre après une longue et pénible journée à l’école et qui retrouve tout son univers.
Cela n’a rien d’une forme de routine, bien au contraire. Chaque fois que je retrouve la toile, je la redécouvre, différente. Un pli, que je n’avais pas remarqué, attire mon attention. Le bleu se révèle plus profond, ou plus lisse. Des lignes se dessinent entre les surfaces blanches et les surfaces colorées, toujours autrement. Le rythme se fait plus calme ou plus soutenu : il évolue déjà dans le temps de notre entrevue.
Je mesure la chance de pouvoir côtoyer ainsi une œuvre régulièrement. Cela n’a rien à voir avec le fait d’aller au musée. Cela me semble un peu plus simple d’entrer en relation avec l’œuvre quand cela s’inscrit ainsi dans le quotidien. On n’attend rien de particulier, on va juste dire bonjour à une amie, comme ça, au passage. Juste une sorte de politesse. Nous pouvons ainsi développer un lien plus réel avec elle et dépasser la sidération, la timidité ou la révérence qui peuvent nous en éloigner.
Il faudrait réussir à aller au musée par politesse, comme s’il s’agissait d’aller rendre visite à un ami que l’on aime bien, et sans s’attendre à vivre quelque chose d’exceptionnel.
    
Benjamin Couchot
Paris

lundi 8 mai 2017

Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ?

« Moi je voudrais être pompier ou cultivateur ou médecin ». Ces désirs, cette fraicheur qui sort de la bouche des enfants nous émeuvent, mais à peine quelques années plus tard les rêves sont oubliés. Il faut s’engager dans des études, longues si possibles, scientifiques de préférence. Il faut choisir une orientation, comme si les enfants devaient savoir dès l’âge de 15 ans ce qu’ils vont faire comme métier plus tard. Et puis il faut choisir les meilleurs lycées, les meilleures écoles pour que la réussite soit plus assurée. 

Comment avec tout ce qu’on attend d’eux pourraient-ils laisser libre cours à une aspiration

Quand je vois le parcours des quelques personnes qui incarnent pour moi aujourd’hui la réussite (je ne parle pas de réussite sociale), j’observe à chaque fois qu’elles n’ont pas suivi un chemin tout tracé. Elles n’ont pas fait de plan de carrière ni eu d’ambition préfabriquée calquée sur le désir de leurs ainés. Elles n’ont pas forcément fait de brillantes études. 

En revanche elles ont souvent dû faire des choix difficiles et vécu l’épreuve de la désorientation. Elles ont su dire non aux voies toutes tracées, aux autoroutes de l’éducation, à la course folle au diplôme. Elles ont été à l’écoute d’une petite voix, ont suivi avec patience un fil ténu, se sont laissé porter par un embryon d’aspiration qui a grandi de façon inespérée, ont su reconnaitre des signes que d’autres n’auraient pas remarqué. Leur chemin, jamais facile, s’est dessiné au fil du temps. 

Grâce à la méditation ce cheminement à l’écart des autoroutes des carrières préfabriquées m’apparait aujourd’hui comme la vraie vie. La méditation est en effet une voie de profonde transformation où on prend des chemins de traverse et où on fait l’épreuve de la désorientation. 

Elle est une chance pour les jeunes qui sont soumis aux injonctions parentales ou sociales. 

Elle est une chance pour les parents de voir la pression qu’ils transmettent à leurs enfants. 

Elle est une manière de dire non à ces injonctions. 

Elle ouvre la possibilité de découvrir son propre chemin, d’inventer sa vie.

Xavier Ripoche
Paris

dimanche 7 mai 2017

Retrouver la bonté du quotidien

La méditation nous permet d'aborder la vie avec la plus grande curiosité.

Pas une curiosité mentale mais plutôt une curiosité des sens :

Comment ça fait ? Quel goût ça a ? De quelle couleur c’est ? De quelle intensité de couleur c’est ? Est-ce froid ? Chaud ? Froid par endroit et chaud ailleurs ?
Nous apprenons à développer de la précision pour toutes les sensations. Et cette précision est mère de la douceur.

Voici comment le dit merveilleusement Chögyam Trungpa dans Shambhala, la voie sacrée du guerrier :
« Le son n’a pas de limites, pas plus que la vue, le goûter, le toucher et les autres sensations n’ont de limites. Le domaine des sens est illimité, à tel point que la perception est en soi primordiale et impensable, qu’elle est au-delà de la pensée. Le nombre de perceptions est si grand que cela dépasse l’imagination. Il existe une quantité infinie de sons. Il y a des sons que nous n’avons jamais entendus, des formes et des couleurs que nous n’avons jamais vues et des sensations que nous n’avons jamais éprouvées. Les champs de la perception sont illimités. »

Les champs de la perception sont illimités et la méditation nous entraîne à les explorer, infatigablement, tel un aventurier plein d'allant. Découvrir ce monde de perceptions, le considérer avec respect, comme on le ferait d'une nouvelle contrée, nous invite à la délicatesse face à la vie de tous les jours.

Aborder la vie avec délicatesse c'est choisir de travailler l’ouverture plutôt que de foncer tête baissée.

C'est avoir de l'égard pour notre précieuse vie humaine.
Le fait d’être en vie, d’avoir un corps, de respirer est fondamentalement bon.
Et l’on peut toujours, à chaque instant se le rappeler. 

Apprécier la bonté de notre simple présence corporelle. 
Apprécier la bonté de notre souffle qui dit oui à la vie.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

Ce texte est extrait d'un enseignement du Stage 2 Entrer dans la Confiance qui aura lieu du 17 au 21 juin 2017 en Normandie.

vendredi 5 mai 2017

Un souffle après l’autre

Il y a des moments dans l’existence où les malheurs nous tombent dessus sans répit. Après le décès de mon père, puis celui de mon compagnon, voici que ma chère petite maman a elle aussi choisi de tirer sa révérence et les jours qui lui restent à vivre sont comptés. 

J’ose à peine dire qu’encore une fois je suis confrontée à la perte d’un proche.
« Encore ! ? »
Oui, encore… 

Et la question qui suit, « Mais comment fais-tu pour tenir le coup ? ». Et là, plus que jamais,  je vois comment  la pratique de la méditation m’aide à traverser cette nouvelle épreuve. 

Quand on pratique, on s’entraîne à vivre un moment après l’autre. Quand le moment est difficile, la tendance que nous avons, c’est de ne pas l’accepter; on en fait une histoire, on cherche des coupables, on se révolte contre le sort injuste qui nous tombe dessus,  on cherche des explications, une loi des séries,  des raisons… 

La pratique nous apprend, en étant attentif à notre souffle, à être dans le présent, dans notre corps, dans le corps même du moment, et par cette présence attentive, à coïncider exactement avec ce qu’il y a vivre sur le champ. 

Dans la situation que je traverse, je mesure toute la puissance de cette pratique. Suivre le mouvement du souffle, c’est suivre le mouvement de la vie qui vient, mais  aussi celui de la vie qui s’en va. Elle vient et elle va en dehors de toute volonté de notre part, elle nous dépasse complètement, et cette  nouvelle épreuve me fait entrevoir l’immensité indomptable et splendide de cette vie qui ne se laisse pas ramener à la mesure de notre petite existence, et qui en même temps est là, si fragile, dans une fleur, un iris bleu comme il en fleurit dans le jardin de ma mère.

Dominique Sauthier
Genève

« Merci d’être, sans jamais te casser, iris, ma fleur de gravité. Tu élèves au bord des eaux des affections miraculeuses, tu ne pèses pas sur les mourants que tu veilles, tu éteins les plaies su lesquelles le temps n’a pas d’action, tu ne conduis pas à une maison consternante, tu permets que toutes les fenêtres reflétées ne fassent qu’un seul visage de passion, tu accompagnes le retour du jour sur les vertes avenues libres. »


René Char, Lettera amorosa, illustré par Georges Braque

jeudi 4 mai 2017

Un luxe à la portée de tous

Lorsque nous méditons, nous nous plaçons en dehors du cours ordinaire des choses : nous nous accordons le luxe du silence, le luxe de s’isoler, le luxe de se retrouver. 

Nous n’avons strictement rien à réussir. Nous avons juste à être vivants. Nous touchons au plus intime de notre vie, sans jugement.

Dans la vie quotidienne, nous sommes régis par l’accélération. Il nous semble que nous n’avons jamais assez de temps et tellement de choses à faire ! Nous voulons aller vite : pas de temps à perdre ! Nous sommes souvent entraînés dans une spirale délétère qui nous aveugle et épuise nos ressources sans que nous l’ayons vu venir.

Vouloir changer cet état de fait radicalement est illusoire. La méditation est une voie douce. Nous ne partons pas en guerre, ce serait peine perdue. En revanche, le fait de s’accorder du temps quotidiennement permet de garder l’équilibre.

Méditer nous permet de nous relier à notre expérience, sans aucun projet, pour regarder précisément ce qui se produit en nous. 
Ce temps est gratuit
Rien ne nous sera demandé en échange. Il n’y a pas de prix à payer. 
C’est une grande richesse. 
De la vie pure !

Clarisse Gardet
Paris

mardi 2 mai 2017

Oser l'authenticité

Établir nos barricades...
Ce qui me passionne dans la pratique de la méditation, c’est la découverte tout au long du chemin des mille manières de fuir l’expérience telle qu’elle est. Tout semble plus aisé que de rester simplement dans l’expérience, sans rien n’y ajouter.

Voici quelques questions choisies de pratiquants en illustration :
- Faut-il intensifier les émotions pour mieux les sentir, comprendre pourquoi elles nous traversent ? 
- Penser à des tas de choses pendant la pratique, c’est aussi une manière d'être présent d'esprit, on ne dort pas quand-même, non ? 
- Quel est le problème à juger ce qui nous arrive en j’aime/j’aime pas/je m’en fiche? C’est la manière d’être humain, non ? On ne peut pas faire autrement !

Ces questions reflètent autant de manières de ne pas répondre à la simple invitation à « être là et ne rien faire ». Tous les pratiquants font cette expérience, sans exception. Tout simplement parce que paradoxalement « ne rien faire » est le summum de la difficulté. 

Le « ne rien faire » balaie d’un coup vif toutes nos stratégies habituelles pour fuir l’inconfort de la situation présente. Nous n’avons plus de prises, nous ne savons plus quel fil tirer, plus de justifications, d'explications, de commentaires qui tiennent, plus rien sur quoi établir nos barricades.

Pourtant, rien ne nous manque.
Le corps est posé dans la dignité de sa posture.
Le souffle nous rappelle la préciosité de la vie humaine.
Et le «  bonjour ! » nous fait goûter à la fraîcheur vive du présent.
Nous arrêtons la fuite qui solidifie tout.
Nous arrêtons et laissons la pratique elle-même œuvrer en nous.

Nous redevenons pleinement vivant dans nos circonstances, avec la situation qui est la nôtre, juste comme nous sommes: authentiques.
Oser le risque d’être authentique est une voie héroïque dans ce monde où le maître-mot est «apparence».

C’est l’invitation que nous lance la méditation, rien de moins.

Marine Manouvrier
Bruxelles

lundi 1 mai 2017

Une séance de pratique


Ventre – Ruminations, rumine, rumine. Préoccupations. Petites.  Ceci, cela. This and that.  Murmures Bruissements. Ceci, cela.  Rumine, rumine.

Tête – Le grand T du travail s’affiche au premier plan.  Suspendus à la barre horizontale du T, divers dossiers.  Front tout devant.

Espace – Lumière reflétée sur le parquet ciré.  Bruit de l’avion. 

Ventre – Rumine. Rumine. Romblements.

Espace – Cris des enfants dans la cour de la récréation. Avion. Bonjour.

Plexus –  Plat. Plane.  Plans et contreplans.  A faire. A défaire. A refaire.

L’espace me fait des papouilles.

Ventre – Ru. Ru. Rumine. Fin filet d’eau.

Tête – Yeux. Coup d’œil sur le réveil. Encore dix minutes.

Ventre –  Lourd. Gros caillou. Poids pesant.

Espace – La fleur du souffle qui s’ouvre.  Chant de la mésange charbonnière. Bonjour.

Pieds plats.  Fesses plates.  Etales. Etalées.

Espace – Contact du tissu sur mon torse, mes bras.  Chaleur. Tiédeur. Le parquet luit.

Espace – Le réveil sonne.  C’est fini.  Libération du mouvement. Légèreté ancrée.

On passe à autre chose.

Anne Vignau
Saint-Gratien