vendredi 29 avril 2016

Enfer, ou paradis ?

Dans le tram, une dame s’énerve au téléphone, lançant des paroles blessantes à un interlocuteur invisible et malchanceux.  Autour d’elle, tout le monde se rétracte; les visages se durcissent, les dos se raidissent et je sens  le poison de l’agressivité faire son oeuvre et contaminer les coeurs. L’enfer.

A la caisse d’un grand magasin d’alimentation, plusieurs personnes attendent leur tour avec impatience. Pas tant pour en avoir fini au plus vite avec la corvée des courses, mais pour arriver enfin vers une caissière qui reçoit chaque client comme si c’était un ami.  Elle  donne juste ce qu’il faut de temps, d’attention et de gentillesse pour que chacun reparte détendu, avec le sourire au lèvre. Le paradis.

Ce matin, j’ouvre grand la fenêtre avant de pratiquer. Le bruit irritant des voitures alterne avec le chant des oiseaux. J’aimerais tellement n’entendre que le chant des oiseaux ! Ce serait le paradis… Mais au bout d’un moment, la pratique fait son oeuvre : le bruit des voitures, le chant des oiseaux prennent place dans un espace vaste et accueillant. 
Le vrai Paradis, il est là, c’est cet espace où peuvent vivre ensemble les voitures et les oiseaux. Les dames énervées et les aimables caissières.

Dominique Sauthier
Athènes, juillet 2015

samedi 23 avril 2016

S’accorder au souffle de la vie

Mouvement, rythme et danse. Institut Hongrois de Paris.
Notre mode de vie actuel a oublié l’attention à la respiration. Respirer est automatique, alors pourquoi s’en préoccuper ? Pourtant, quand ils étaient plus jeunes, si un de mes enfants se faisait mal, la première chose que je lui disais était : « Respire, respire, profondément » et la moitié de la douleur était déjà évanouie. Un autre exemple du pouvoir de la respiration est celui de l’accouchement sans douleur. 

C’est en revenant à son souffle, en ramenant une attention directe à son corps que la femme qui donne naissance apaise la douleur physique. La respiration est un formidable antidote à la panique. Tout le monde respire et, en ce sens, nous pouvons tous méditer.

« La respiration n’est pas séparée de vous et en même temps elle n’est pas tout à fait vous, aussi y a-t-il des qualités énigmatiques à la respiration… » Chögyam Trungpa, Le chemin est le but

L’attention à la respiration est un exercice formidable, car il s’appuie sur un mouvement continu mais sans cesse différent, celui du souffle. Dans la méditation, on porte attention à sa respiration sans la modifier ou la manipuler ; on observe plutôt comment elle est : courte, longue, calme, irrégulière, ventrale, par le nez, par la bouche, l’air est chaud ou frais… En portant attention à quelque chose qui n’est pas fixe, on apprend peu à peu la souplesse, on développe une attention vivante, le souffle vient comme un point de repère mais qui est toujours en mouvement, comme la flamme légèrement vacillante d’une bougie. Porter attention au souffle évite d’être trop tendu, trop concentré, trop focalisé sur un objet.

Autre qualité de l’attention à la respiration, c’est qu’elle nous fait peu à peu découvrir l’échange permanent qui se fait entre notre corps, notre être et le monde extérieur. En ce sens, il est conseillé de porter une attention légèrement plus fine à l’expiration, en l’accompagnant d’une sensation de détente, de décrispation. L’inspiration se fait toute seule, très naturellement, puis on suit l’expiration comme on suivrait le mouvement des vagues qui se retirent sur la plage, en développant une forme d’abandon profondément confiant, bienfaisant.

L'inspire/expire, le tendre flux et reflux de la mer qui jamais ne cesse et n’est jamais tout à fait le même.

Extrait de La méditation c'est malin
Marie-Laurence Cattoire
Paris

jeudi 21 avril 2016

S'engager dans le monde

Pour qui aurait encore un doute sur la relation entre méditer et s'engager dans le monde, il peut être intéressant de lire Bernie Glassman ; le week-end dernier j'ai relu "L'art de la paix", un livre extraordinaire sorti en France en 2000. Le maître zen américain Bernie Glassman y décrit les retraites qu'il a organisées à Auschwitz-Birkenau, il y parle de l'ordre zen qu'il a fondé les Peacemakers et de la mise en œuvre de ses différents projets sociaux. Ce livre n'apporte pas de réponses car "il y a peu d'énergies dans les réponses" dit-il, mais rend compte  d'une suite de témoignages riches et multiformes sur les actions menées par des pratiquants issus de milieux sociaux très divers, tous investis dans une réelle volonté : celle d'œuvrer dans le monde.

On y découvre notamment l'histoire de Fleet Maull, étudiant de Chögyam Trungpa, qui menait une double vie : celle d'un méditant assidu suivant les enseignements de son maître en Amérique du Nord et, le reste du temps, celle d'un trafiquant de drogues en Amérique du Sud. Le jour où, en décembre 1985, il fût arrêté et emprisonné pour une peine de 25 ans, sa vie en fût bien entendu totalement renversée. Mais en assumant entièrement la responsabilité qui était la sienne, en adoptant la discipline de ne rejeter la faute sur personne d'autre, il a réussi à conserver sa pratique de la méditation en milieu carcéral dans des conditions difficiles à imaginer. A partir de là, Fleet Maull est celui qui a introduit la méditation dans les prisons (il a fondé en 1989 le "Prison Dharma Network"). Fleet a également permis la création d'un hospice pris en charge par les détenus afin d'offrir soutien et aide médicale aux prisonniers malades, qui représentaient plus de la moitié des effectifs : "Nous remplacions les membres de la famille, et notre objectif était d'être tout simplement présents à leurs côtés, afin qu'ils sachent que quelqu'un était là pour eux. Nous ne pouvions pas changer le fait que c'était un hôpital de prison, ni les comportements typiques qui existent dans ces endroits, mais nous pouvions être des amis."

Pour aller plus loin :
L'art de la paix de Bernie Glassman
Un document intéressant à télécharger sur le blog d'Eric Rommeluère :
"Liberté derrière les barreaux"
Sans oublier le livre de Fabrice Midal "Auschwitz ou l'impossible regard"

Marie-Laurence Cattoire
Paris

mardi 19 avril 2016

Ceux qui partent, ceux qui restent


Le père d’une très chère amie est décédé. 
Pendant la cérémonie d’adieu, j’ai pensé à toutes les personnes que j’aime et qui pourraient, elles aussi, s’en aller dans un avenir plus ou moins proche. Cela me rendait triste de penser à leur disparition,  et en même temps heureuse de sentir autant d’amour pour ces êtres qui me sont chers.  

La mort de quelqu’un nous rappelle que nous sommes en vie, mais surtout, elle nous rappelle que nous avons un coeur et que vivre c’est avant toute chose aimer. 

Quand nous méditons, nous suivons notre souffle moment après moment ; nous sommes vivants, mais parfois nous percevons que notre souffle s’éteindra un jour. 

Cette vérité nous rend à la fois misérable et magnifique parce qu’elle est le berceau de l’amour.  



Dominique Sauthier
Genève

dimanche 17 avril 2016

Un lieu à soi

« L’esprit est certainement un organe très mystérieux, me dis-je en écartant la tête de la fenêtre, et dont on ne sait absolument rien, alors que nous dépendons si complètement de lui. De même qu’il y a des tensions dans le corps, dues à des causes évidentes, je sens qu’il y a des ruptures et des oppositions dans l’esprit, mais quelle en est la cause ? Et que veut dire « l’unité de l’esprit »? Car l’esprit a clairement un pouvoir de concentration si grand, sur n’importe quel point à n’importe quel moment, qu’on ne peut pas, semble-t-il, lui attribuer un seul état. Il peut se dissocier des gens de la rue, par exemple, et se penser comme séparé d’eux à une fenêtre les surplombant. Ou il peut penser avec d’autres gens spontanément, comme au sein d’une foule dans l’attente de nouvelles qui vont être lues à haute voix. (…)
Clairement l’esprit modifie sans cesse sa focalisation, et présente le monde sous différentes perspectives. Mais quelques-uns de ces états d’esprit semblent, même quand on les adopte spontanément, être moins confortables que d’autres. Pour conserver sa propre continuité en eux, on doit inconsciemment repousser quelque chose, et graduellement cette répression devient un effort. Pourtant il se trouve peut-être un état d’esprit dans lequel on peut persévérer sans effort parce que rien ne nécessite d’être repoussé. »
 
Un lieu à soi de Virginia Woolf, 
traduction de Marie Darrieussecq,
proposé par Marine Manouvrier
Bruxelles

jeudi 14 avril 2016

Au fond qu'est-ce que la présence ?

Fabrice Midal enseigne lors du grand week-end de l'Ecole en 2015.
Le grand weekend de la communauté est comme un moment charnière de l’année, c’est l’occasion de faire le point, de rassembler tous les membres de l’Ecole occidentale de méditation autour de ce qui nous relie : 
la pratique de la méditation et comment cette dernière ouvre un chemin concret et tangible pour transformer notre rapport à l’existence.

Ce qui m’a marqué l’année passée était de voir à quel point de plus en plus de monde se sent concerné par les grandes interrogations que pose la méditation à notre temps : comment aborder le quotidien? Que faire avec le travail, l'amour, l'argent ? Qu'est-ce que la présence au fond ? Comment la méditation peut-elle nous aider à nous ancrer davantage dans notre vie de tous les jours ?... 
Tout au long du weekend, ce fut également l’occasion de nombreux échanges et rencontres.

Je me fais donc une joie toute particulière d’y être à nouveau cette année d’autant plus que notre Ecole fête ses 10 ans et que le programme est, pour le coup, exceptionnel.

Je suis enfin très enthousiaste à l’idée de découvrir l’horizon qui se dessine pour l'école dans les années à venir et qui nous sera présenté lors de ce weekend.

Mathieu Brégegère
Paris

mercredi 13 avril 2016

Page blanche

Assis comme une page blanche au beau milieu de l'aube – ses oiseaux déployés signant la journée de leurs trilles,
assis comme un estuaire paresseux parmi les courants contraires – le peuple des joncs pour seul témoin de cette longue collecte allée à la mer,
assis comme un chat sur le green (ou le tapis d'un billard) à aiguiser sa patience devant un trou d'où ne sortira jamais aucune souris – le sachant mais guettant malgré tout – par nature et par jeu,
assis comme un enfant sage abandonné dans une maison sans souvenir – vainqueur de chaque espoir,
assis comme un rayon de soleil à travers les persiennes – allumant la pièce surprise d'or et de poussière,
assis comme un vase ébréché sur le coffre de la terre – dans un jardin visité par des hôtes innocents de l'heure,
assis comme un désordre – quand tout parle de verre par les bouches d'un dieu aux sourcils froncés,
assis comme une douleur réveillant la chair d'un baiser, assis comme cerf-volant cloué  à l'aplomb par le vent, assis comme une mort au sein de la pierre, assis comme un parfum sans raison, comme un geste sans saison, comme un frère devant son frère, assis comme hier lorsque ses pétales éclosaient le monde, assis d'une seule traite – facile, imprévisible, inaperçu, assis comme un vieux film, une bribe de conversation, un claquement de portière,
assis infiniment, vierge infiniment, quand bien même là s'ombre – assis pour porter l'action à la première révérence,
assis entre les notes de la musique qui s'oublie – quelle trace ?

Yves Dallavalle
Chapendu

lundi 11 avril 2016

Le grand rendez-vous de l'Ecole

L’an passé, au grand week-end de la Communauté, le sol était entièrement recouvert de tapis et de coussins. Jamais je n’en avais vus autant à la fois, et jamais je ne m’étais représentée la véritable ampleur de l’Ecole occidentale de méditation
J’ai  pourtant participé à de très nombreux séminaires et week-ends, je pensais connaître un peu tous les membres, et avoir une idée de la Communauté. Et là, ça a été la surprise : des membres venus de partout se sont retrouvés pour être ici,  tous ensemble, des membres venus de Paris, mais aussi d’autres villes, d’autres régions, et d’autres pays. 
Lors de ce week-end, Fabrice Midal nous a transmis les pratiques de la confiance. 
Cette confiance, je l’ai sentie résonner d’autant plus fort que nous étions si nombreux. Le rassemblement de tous les membres de l’Ecole inspirait une confiance immense dans la pratique, dans l’Ecole et dans la beauté des enseignements. 
C’est une expérience très profonde de se sentir si nombreux unis dans une même vision, et j’engage tous les membres qui le peuvent à nous rejoindre pour le prochain grand week-end de la Communauté.

Dominique Sauthier
Genève

dimanche 10 avril 2016

Dans le tramway


Une Rom passe avec un gobelet en carton qu’elle tend aux voyageurs en montrant une main gauche estropiée. Elle n’attend pas, elle fait le tour du tram et revient le temps que j'aie sorti quelques pièces de mon porte-monnaie. Je les laisse tomber dans le gobelet en la regardant. Visage sans âge, yeux vides. Elle retourne à ses petites affaires. Je la regarde partir, et la tristesse m’envahit. Est-ce la tristesse de la voir si pauvre ? Oui, peut-être, mais c’est plus que cela. C’est la tristesse qu’aucun lien n’ait été possible. 

Dominique Sauthier
Genève

samedi 9 avril 2016

Méditer, rien de spécial

Il est parfois nécessaire de se rappeler comment l’enseignement fondamental qui accompagne la pratique de la méditation bouscule entièrement nos habitudes. 

Par exemple, on pense souvent que la méditation est une pratique exotique, hors du commun, alors qu’an fond méditer, ce n'est rien de spécial.
C'est une pratique simple au sens d’ordinaire, presque ennuyeuse. Cet aspect est difficile à accepter tant nous établissons nos vies à partir d’une recherche permanente de formes diverses de divertissement.

Chyogyam Trungpa disait que dans la méditation   «il ne se passe rien». Cela avait tellement marqué ses étudiants qu’ils avaient créé des autocollants « nothing happens »  qu’ils collaient partout.

Cette simplicité de l’approche méditative est pourtant radicale et dévoile une dimension ultime de l’enseignement. En pratiquant la méditation, on ne fait pas l’expérience qu’il ne se passe rien, il se passe au contraire une multitude d'évènements mentaux mais l'attitude cultivée est un rapport de simplicité envers ceux-ci. 
Quoi qu'il m’arrive dans la pratique, quelles que soient les émotions me traversant - joie, jalousie, extase, félicité, angoisse, désespoir -  rien de spécial,  je reste là, dans l'assise, ouvert à ce qui est.

Mathieu Brégegère
Paris

mercredi 6 avril 2016

Simple d'esprit

Le méditant – un simple d'esprit dénué de conscience professionnelle...
Terrible découverte ! Et néanmoins indéniable –  le méditant est un simple amateur dénué de conscience... Hélas ! Cette constatation n'est pas le fruit d'un emportement passager contre la gent méditative mais celui d'une étude rigoureuse des termes sus-mentionnés. Démonstration.

Fabrice Midal et les philosophes nous apprennent que la notion de conscience est la manière dont l'Occident dédouble l'esprit depuis Descartes – une impérieuse tentative pour mettre l'esprit à distance d'observation. Par définition donc la conscience est dualiste, elle est basée sur le fait que je regarde quelque chose d'autre, j'ai conscience de moi-même par le biais d'un tiers dans une auto-affirmation de moi-même. 

Or le méditant, quand il est posé corporellement et attentif à son souffle, entre en rapport à ce qui est de façon non-conceptuelle, en faisant un avec ce qui se présente, qu'il s'agisse d'une odeur de café ou d'une crise subite de jalousie. Cet accueil de-ce-qui-est-comme-c'est constitue l'activité ordinaire de l'esprit, sans filtre duel, donc sans conscience.

Mais il y a pire encore – cette absence de conscience n'est absolument pas professionnelle. Tandis que le professionnel est un expert – celui qui sait – le méditant est toujours un débutant, qui plus est un débutant aimant – un amateur – c'est à dire, au sens propre, une personne qui aime les choses pour elles-mêmes.

Ni pro, ni consciencieux... Pauvres de nous ! Une seule petite chose pour nous consoler –  se dire qu'à défaut de conscience, le méditant a de l'esprit. 

Car méditer c'est regarder l'esprit avec l'esprit – comme le ciel se voit dans la mer – paradoxe insondable et mouvant, reflet que ne saisira jamais aucune réflexion – pure joie d'être simplement.

Yves Dallavalle
Chapendu

mardi 5 avril 2016

Le rire du torrent

Il fait un temps de rêve, je suis bien accompagnée et je marche dans un paysage grandiose. Beaucoup de bonnes raisons pour être bien là et apprécier ce beau moment ! 
Mais  des préoccupations obscurcissent mon esprit, et je ne vois rien de ce qui m’entoure. Vainement j’essaie de chasser les préoccupations; elles reviennent, tenaces, et je m’en veux de ne pas réussir à être présente au paysage, à la montagne, aux prés fleuris annonciateurs de printemps. 
Je vois alors la lutte que je mène contre moi-même et la situation absurde dans laquelle je me suis enfermée.  Je ris de moi-même et  ça s’ouvre, je vois les choses comme elles sont : une promenade en montagne agrémentées de préoccupations. 
Tel est mon présent, et il est bien ainsi. 
Je me sens alors en paix, et j’entends le torrent qui dévale la pente dans un grand rire…jusqu’à la prochaine pensée.

Dominique Santhier
Genève

dimanche 3 avril 2016

Le sens de l’immobilité.

Luhoan Photo prise au @BritishMuseum de #Londres
Dans la méditation nous apprenons avant tout à rester immobile, sans bouger et au départ… cela s’avère difficile et assez troublant ; nous avons l’impression qu’il y aurait tellement d’autres choses à faire, tellement mieux à faire que de rester sans bouger ! Et pourtant « Immobile, il est bien plus aisé d’habiter son corps et de trouver une juste assise. L’erreur est de croire que l’on ne peut sentir son corps qu’à travers des activités physiques toujours plus intenses. Méditer c’est d’abord apprendre à se poser » écrit Fabrice Midal dans son ouvrage Simplement être là, le cœur grand ouvert.

Mais que faisons-nous au juste en nous asseyant immobile ?

Nous simplifions l’expérience pour mieux voir ce qui se passe. Nous nous posons et nous nous détendons dans l’immobilité « Dans ce cas la détente est très différente de l’idée en vogue… selon laquelle il faut se laisser aller, prendre du bon temps, se distraire en se payant des vacances. Ici nous parlons de détente de l’esprit, de laisser tomber l’anxiété, les concepts, la dépression qui nous enserrent habituellement. La façon de nous détendre, de poser l’esprit dans le maintenant, est la pratique de la méditation. » Chögyam Trungpa (Shambhala, la voie sacrée du guerrier). 

Cette simplification amène une clarté vive. Peu à peu nous découvrons que l’immobilité est vivante, alerte. Par exemple nous entrons en contact avec un monde de perceptions riche, multiple, infiniment subtil. Il existe une quantité infinie de sons, de couleurs, de qualités de lumière…

Egalement nous abordons avec plus de finesse et plus de délicatesse nos malaises, nos douleurs physiques qui peuvent, elles aussi, nous aider à revenir au moment présent, au maintenant tendre et vivant. N’oublions pas que la méditation est un entrainement : si nous bougeons à chaque inconfort, nous ne pourrons pas entrer dans la pratique. Cela nous apprend à travailler avec les difficultés. Et c’est exactement pareil ensuite dans la vie : il s’agit de s’entrainer à ne pas fuir à la première contrariété, à garder toujours la bonne posture, la juste posture dans toutes nos activités courantes : quand nous lisons, quand nous mangeons, quand nous conduisons, quand nous parlons…

Marie-Laurence Cattoire
Paris

samedi 2 avril 2016

Au cœur des feuilles mortes, la vie

Une ballade en forêt en ce tout jeune printemps.

La nature retient encore son explosion dans le silence de l’attente.

Elle semble figée dans des couleurs délavées, aux bruns passés et aux verts mousseux.

Au détour du sentier, un vert plus vif attire le regard.

Il émerge du sol d’une vingtaine de centimètres, c’est un tout neuf sapin qui s’extrait du tapis de feuilles mortes.

La vie en lui est toute fraîche et il étend ses branches jeunettes sans excuse.

Dans le silence de la pratique, il nous est loisible d’écouter vibrer la vie en nous.

Elle n’a pas toujours le même chant, parfois trainant et lasse, parfois enlevé comme une sonate de Scarlatti.

Pratiquer la méditation, c’est aller à la rencontre de notre chant intérieur.

Il arrive que ce chant soit complètement désaccordé et ne dise plus rien de la situation dans laquelle nous sommes et il arrive qu’il vibre à l’unisson avec le chant du monde.

Dans un cas comme dans l’autre, l’essentiel est d’être présent à l’état de son chant, là tel qu’il est, maintenant.

Marine Manouvrier
Chimay