mercredi 26 octobre 2016

Tribulations d’un coussin

@Assises de méditation Made in France.
Lorsque j’ai découvert la méditation il y a 15 ans, nous pratiquions sur des coussins ronds et assez plats. Ils induisaient une assise très ancrée, avec les genoux posés sur terre. Ce qui m’a marqué tout de suite, c’était le sol qu’il m’offrait. Enfin un lieu pour ne rien faire, respirer, poser là tout mon être. Je me suis rapidement procuré un joli coussin tout blanc tout rond. Il était petit et cela m’arrangeait. Je pouvais le glisser sous le lit, ni vu ni connu.

Quelques étés plus tard, j’ai découvert dans le Limousin le coussin carré de l’École occidentale de méditation. Avec lui, une posture différente et des questions: que faire de ces genoux laissés libres? Que faire de ce léger déséquilibre qui me rappelle celui de mon existence ? Cela me désarçonnait et je fus rassurée de retrouver mon petit coussin blanc à mon retour à Bruxelles.

L’été suivant pourtant un coussin carré rouge et jaune est revenu avec moi du séminaire, décidée à apprivoiser le déséquilibre. Plus question cette fois de le pousser en dessous de mon lit, il m’a fallu lui faire une place dans mon tout petit appartement. Je l’ai posé dans un coin, ce n’était pas l’idéal mais au moins il était là, visible.

L’année dernière, changement de lieu, changement de place, le voilà presque au milieu d’une pièce de l’appartement. Et, il y a quelques jours, alors j’entends pour la énième fois l'instruction de base pour apprendre à méditer chez soi : « il est bon d'aménager un lieu pour la pratique », voilà que la magie des enseignements se produit (nous avons beau les entendre et les réentendre, il y a toujours quelque chose de neuf à apprendre). Etait-ce véritablement un lieu dédié à la pratique ? Pas si sûr… avec l’aide d’amis chers, j'ai regardé à neuf et décidé de transformer quelques petites choses.

Un paravent, deux estampes chinoises suspendues sur un mur blanc, et mon beau coussin - noir maintenant - posé en leur faisant face. Cette fois, ça y est !

Puis enfin, s’assoir dans cet espace.

Et voilà que l’expérience de la méditation y est entièrement transformée. A peine posée, je suis entièrement convoquée par l’esprit de la pratique. Ce qui aurait pu passer pour un souci décoratif est un fait un souci d’harmonie.

Si je me suis permise de partager les tribulations de mon coussin depuis le dessous de mon lit jusqu'au cœur de mon foyer, c’est qu’elles symbolisent bien le cheminement de la pratique dans mon existence.

Et le vôtre, quelle place lui avez vous donnée ?

Marine Manouvrier
Bruxelles

6 commentaires:

  1. Merci pour le témoignage, Marine, c'est tellement vrai et singulier ! Je te raconterai l'histoire de mon coussin à l'occasion ;-)

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  2. Moi j'ai perdue le mien.. celui qu'une pratiquante m'avait généreusement offert. Il était sobre, pale, usé.. Mais il été rodé ! Plus que moi. Je ne l'ai pas perdue par hasard. ce serait trop simple. Non, mon coussin perdue résume bien ma personne. Moi je me perd tout le temps. Pas physiquement non, mais psychologiquement. Je suis une ligne et hop, l'instant d’après, elle a disparu. Plus de trace du cap. Je cherche mais plus rien, j'ai oublié les causes qui m'avaient amenées à me fixer cette direction. C'est pas grave, je m'en accommode. La vie me remplie de nouveau de plein de motivations et de nouvelles directions se présentent à moi; parfois il m'arrive même d'en reconnaître une et je sourie à l'espièglerie de la vie qui me fait des farces. J'ai un moment voulu lutter, parfois je me sermonne, comme lors de la perte de mon coussin, et finalement j'en tire les enseignements. J'ai perdue mon coussin et cela me fait plus de peine parce que la personne qui me l'avait offert n'apprécierais pas de l'apprendre, mais surtout parce que je ne l'ai pas encore remplacé et que du coup, je ne pose plus mes fesses pour pratiquer. Cela m'invite à méditer debout, assis, en mangeant, sur ma bicyclette, dans la file d'attente, au volant etc.. Je crois que c'est l'attention renouvelée sans cesse qui fait que je perd les traces passées. Au début cela m'affligeait, mais plus maintenant, j'ai le sentiment que c'est pas grave, peut être normal.. D'ailleur j'ai vachement de mal à me projeter dans des actes futurs.. Cela me coute et me demande des efforts, tant pour me remémorer le passé que pour savoir ce qu'on a de prévue et quand.. Pas toujours simple à gérer dans le quotidien mais c'est pas grave.

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    1. Merci pour le partage et ... une simple chaise peut aussi être très accueillante pour se poser !

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  3. Comme toi, chère Marine, j'ai éprouvé le besoin de poser mon coussin au coeur de mon foyer puisque je l'ai mis dans ma chambre... tout de suite ! Et tout autour, tout converge harmonieusement pour me convoquer dans l'espace et dans l'esprit de la pratique. Et en me posant sur le coussin, je me pose immédiatement au centre de ma vie. Merci pour ton magnifique partage. J'ai beaucoup aimé l'idée d'apprivoiser le déséquilibre...

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    1. Moi j'ai la chance d'en avoir un dans ma chambre et un ... dans mon bureau ! et c'est vraiment bon ! Bonne journée et bonne pratique à tous ;)

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