vendredi 2 décembre 2016

Un peu moins de soi, un peu plus de grandeur

Rythme et danse, édité par l'Institut Hongrois de Paris.
Deux citations de Fabrice Midal ont retenu mon attention car, bien qu’issues de deux livres différents, elles se répondent avec une belle harmonie :
  « La méditation invite à un mouvement qui pourrait se résumer ainsi : un peu moins de soi-même et un peu plus de grandeur* ! » 

« L’amour émerge à mesure que s’estompe le souci de soi-même. »

C’est une expérience que je fais souvent : quand je suis trop préoccupée de moi-même, j’étouffe, je vois la vie en gris, je perds de vue l’espace autour de moi et… J’oublie d’aimer ! 

Pour laisser l’amour se déployer, de manière simple et juste, il peut suffire parfois de laisser sa place au monde, au lieu de chercher frénétiquement sa propre place. 

Il peut suffire d’écouter la musique du monde au lieu de vouloir le remplir de nos bavardages. 

Se ficher la paix quelques instants au lieu de tout prendre au sérieux, se mettre légèrement en retrait, faire silence pour mieux voir peut suffire pour retrouver le chemin de notre cœur et laisser l’amour chanter. 

Et pour cela la méditation est une voie royale.

Marie-Laurence Cattoire
Paris


Ressources : 
* référence à une célèbre phrase de Marina Tsétaeva
Pratique de la méditation – Livre de Poche
Petite philosophie des mandalas – Seuil

jeudi 1 décembre 2016

Une tasse de thé

Boire une tasse de thé peut être un moment très privilégié si nous savons y prendre soin.

Il y a le temps de la préparation. Nous choisissons un thé particulier en fonction de la situation, selon que nous le buvons seul ou accompagné, selon le moment de la journée ou le temps qu’il fait dehors, ou encore en fonction de notre état d’esprit. C’est l’occasion de prendre un peu de temps pour essayer de percevoir la tonalité du moment dans lequel nous nous trouvons et de nous y accorder. Si nous le pouvons, nous choisissons aussi une belle théière et de jolies tasses, qui embelliront l’ensemble et contribueront à rendre ce moment plus précieux. Nous faisons chauffer l’eau, en prenant garde qu’elle soit à la bonne température. Nous laissons le thé s’infuser et sommes attentifs à ce qu’il déploie complètement ses arômes sans devenir trop saturé ou trop amer.

Le thé est prêt, nous pouvons le servir. Nous avons choisi un endroit calme et chaleureux où le prendre, et nous nous sommes assurés que nous n’y serons pas dérangés. Nous versons le thé dans la tasse. C’est le moment crucial où tout bascule. On entend le bruit de l’eau qui coule délicatement. La tasse se remplit et tout l’espace autour d’elle s’en trouve modifié. Un nuage de vapeur se développe, monte vers le ciel et s’évanouit dans l’air. Dans le même temps, le parfum du thé vient se répandre délicatement jusqu’à nous. L’atmosphère a changé : le thé a déjà opéré sa magie. Il a teinté l’espace. Il a ouvert un nouvel horizon.

Si nous étions seul, nous ne le sommes plus vraiment. Par l’espace qu’il a ouvert, le thé nous a reliés au reste du monde, et nous invite tendrement à lui dire bonjour. Si nous avons la chance de partager le thé à plusieurs, certainement que les liens qui nous unissent se sont trouvés renforcés au moment où le thé a été versé. Nous pouvons alors apprécier simplement la compagnie de nos amis avec confiance et douceur.

Depuis que je pratique la méditation, je découvre la joie de bonheurs simples comme celui de boire une tasse de thé. J’aime les explorer toujours plus avant et découvrir à quel point ils sont pleins de délicatesse et d’infinies subtilités. 

Ils n’auront jamais fini de m’émerveiller.

Illustration : Jean Siméon Chardin, Dame prenant son thé, vers 1740-1750, Glasgow, The Hunterian Museum and Art Gallery.


Benjamin Couchot
Paris

mercredi 30 novembre 2016

Avez-vous votre passeport ?

Un sentiment de culpabilité est une chose bien intéressante en vérité. Cela me fait penser à un passeport. On le présente à la police des frontières pour montrer qu’on est en règle, qu’on a bien fait les démarches administratives comme il faut et qu’on peut passer. 

C’est bien pratique parce qu’on n’a pas besoin de se montrer tel que l’on est : un être humain. Il suffit d’avoir le papier même si pour cela il a fallu faire les démarches et payer les timbres fiscaux. 

Le policier ne nous regarde d’ailleurs pas particulièrement. ll regarde seulement le document et vérifie que physiquement on ressemble bien à la photo qu’il a sous les yeux.

Quand j'ouvre mon passeport de culpabilité, je peux y lire :

« Mr Xavier Ripoche a bien souffert comme il faut, il a payé de sa personne, il mérite qu’on le laisse passer tranquillement sans l’embêter »

Je me souviens d’un jour quand j’avais 9 ou 10 ans le maître d’école nous avait punis, moi et des camarades de classe parce que nous avions fait des bêtises (je ne me souviens plus quoi). Nous nous étions retrouvés les mains sur la tête au fond de la classe. C’était la honte franchement, mais c’était le prix à payer.

Sur le coussin de méditation c’est aussi une possibilité intéressante le passeport de culpabilité. On se dit : « tu étais perdu dans tes pensées, ce n’est pas bien et tu devrais être puni, mais bon montre-moi ton passeport de culpabilité et ça ira». Au fond cela permet de ne pas faire véritablement l’épreuve de la pratique de la méditation. Accepter pleinement qu’on est ailleurs sans en faire tout un plat serait tellement plus simple.


Etre sans papier est une autre affaire. Il faut assumer ce que l’on est sans se défausser avec un passeport, assumer une certaine nudité. Mais au bout du compte qu’est-ce que c’est bon de voyager léger sans s’encombrer de toutes ces paperasses. C’est cela je crois le sens de se foutre la paix.


Cela a aussi à voir avec la différence entre la morale et l’éthique. Dans la morale, on a des repères, on sait ce qui est bien et mal. Si on fait quelque chose de mal il faut payer. L’éthique c’est autre chose, c’est plus subtil. Il n’y a pas de règle établie. On peut faire quelque chose qui est contraire à l’ordre moral et qui pourtant est juste dans la situation. Au bout du compte, même si c’est moins facile, on n’a pas besoin de paraître autre que ce qu’on est. Quelle détente! 


Beaucoup de gens se demandent à quoi sert la méditation. J’ai envie de dire que la médiation sert à ranger la morale et les passeports dans un tiroir et à découvrir une manière libre et éthique de vivre.


Xavier Ripoche
Paris

lundi 28 novembre 2016

Sommes-nous bienveillants avec nos proches ?

La vieille au chapelet - Paul Cézanne.
Il y a environ un mois je me suis retrouvée chez ma maman. 

Elle est devenue une vieille femme difficile, elle ne pense plus qu’à son chapelet - plus grand’ chose de la vie sur terre ne l’intéresse vraiment.
Je lui en veux un peu de se laisser aller, de manquer de tenue, de ne pas soigner ses repas, de laisser de la nourriture périmée s’accumuler dans son réfrigérateur.
Elle qui a été si « parfaite » ne veut plus faire de cuisine. 

Contre toute attente, elle propose de préparer un repas pour nous deux. 

Mais quel repas ! Un Kaiserschmarren,  un plat principal sucré typiquement autrichien - dans la langue courante  on emploie le mot Schmarren pour désigner  une situation bête, une gentille connerie ; en gastronomie il s’agit d’un plat composé d’œufs, de farine et de lait, une sorte de pâte à crêpe. On raconte que l’empereur François-Joseph aurait beaucoup apprécié ce mets, d’où son nom.  Le plat a été amélioré en son attention -  les blancs des oeufs  sont  désormais montés en neige.   Ceci assouplit la texture  de la pâte mais il faut alors de la dextérité  pour la tourner dans la poêle et l’entailler directement afin de faire dorer toutes les faces des morceaux. 

Je n’aime pas beaucoup ce plat. 

Etant entraînée un peu à la bienveillance aimante, un quart de seconde d’écoute de la situation m’empêche d’exprimer illico mon aversion.
Je dis oui.
Je dis oui à ma mère. 

Je vois ses mains grassouillettes, ses mouvements devenus lents - elle qui était toujours rapide, impatiente - son geste un peu maladroit. Elle mélange la pâte, monte les blancs d’oeufs en neige avec son mixer n’ayant pas servi depuis longtemps. Je la vois mettre une quantité considérable de graisse dans la poêle, je ne m’exclame pas ‘quelle horreur’, mais je la regarde faire. Et je vois qu’il se passe quelque chose, petit à petit c’est comme si la vie d’autrefois revenait en elle.
Elle est contente d’avoir réussi à donner la bonne consistance, d’avoir su tourner délicatement et  de donner une belle couleur dorée.
Nous nous asseyons, saupoudrons de sucre glace, dégustons le Kaiserschmarren accompagné d’une compote de prunes rouges. 

Ma mère est heureuse et se délecte.
Je suis heureuse aussi car quelque chose nous unit - nous sommes ensemble, nous partageons un repas fait par ses mains maternelles  -  ces mains que j’ai pu détester - maintenant, comme plongée dans cette enfance autrichienne par l’odeur et le goût du Kaiserschmarren, j’avale des larmes retenues. 

Quand ma mère ne sera plus, plus personne ne préparera du Kaiserschmarren pour moi.

Elisabeth Larivière
Paris

vendredi 25 novembre 2016

Poésie et méditation, des actes subversifs ?

Je pense souvent à cette phrase de Marina Tsvetaeva
« La poésie, partant de la Terre - c'est le premier millimètre d'air au-dessus d'elle ».
Il est question dans la poésie comme dans la méditation de respiration. Cela ne veut pas dire que le monde serait irrespirable et qu’il faudrait se réfugier dans la poésie ou la méditation comme dans un havre de paix séparé de la réalité, mais que peut-être par la poésie ou la méditation on pourrait découvrir un autre rapport au monde. 

Aujourd’hui j’ai l’impression d’avoir fait mille choses. Ma journée a été une suite d’événements qui se sont succédés de façon continue. Le temps était compté à la minute. Réunions, trajet en voiture, rendez-vous, gare,TGV... Tous les événements de la journée se sont enchainés ainsi.

Rentré chez moi, je m’assois sur le coussin et enfin je respire. Je redécouvre comme un enfant la joie d’inspirer, d’expirer, la joie d’être et je vois du même coup par contraste le speed dans lequel j’étais tout au long de la journée et auquel je m’étais presque habitué. 

Nous sommes tous pris par moments dans cette spirale de la suractivité et nous ne voyons souvent aucune issue. Ma fille au lycée est submergée de devoirs. Elle n’a plus de week-ends. Elle n’a plus de vacances. Elle a l’impression qu’on lui vole son temps, sa jeunesse. Que faire ? Que lui conseiller ?

Alors je pense à la petite phrase de Marina Tsvetaeva. La poésie comme la méditation sont des actes subversifs dans notre monde affairé. Elles sont l’une comme l’autre le premier millimètre d’air au-dessus de la terre. On peut y respirer. Par elles il est possible de retrouver le contact avec la vie, la joie et l’esprit d’enfance.

Xavier Ripoche
Paris

mercredi 23 novembre 2016

La peinture comme animal

Peinture Elisabeth Larivière - Photo Claire Cocano.
Si, à Paris, vous entrez au 38 rue de la Folie Regnault à la galerie Beauvoir – vous trouverez le silence dans la joie profonde où vous l'aurez laissé. Car c'est là que Elisabeth Larivière expose sa peinture jusqu'au 29 novembre. Vous entrez, vous ne savez rien, vous dites bonjour au hasard – qui vous répond – vous vous promenez au gré de stations plus ou moins prolongées – vous bondissez, rebondissez dans le sillage des gestes sans intention d'Elisabeth – vous souriez, vous ne cherchez pas plus loin, vous êtes arrivé. Le silence vous a fait comme il a fait la toile et il garde tout du long un doigt au bord des lèvres, sans que vous sachiez jamais si c'est pour taire un secret ou pour vous révéler. 

Là où avant le geste se tenait une cadence – une tonalité est apparue. Dont les masses s'agrègent par une communauté d'allure pour glisser ensemble sur un même plan – veillées par une profondeur de champ trouée par d'autres couleurs prenant sans heurt leur propre tangente. Vous vous réjouissez d'être ainsi enfanté dans un monde si frais. Il a dû y avoir une main ici – partie caresser l'encolure de quelqu'animal jamais pensé.

C'était donc pour ça le silence – convoquer, par capillarité de sens, l'animalité de la peinture entre les murs de cet ancien atelier. 

Mais cette âme qui s'anime – ce qu'elle fait tourner de monde – vers quel dessein ignorant de lui-même et sacré ? Ce qui danse ainsi dans le vide – s'y frottant après s'y être désaltéré – où cela va-t-il se blottir et de quelle évidence sommes-nous alors délivrés ? 

Peut-être celle de se croire oublié, dès qu'on détourne le regard, de ce qui tient là dans l'innocence. C'est en tout cas l'expérience que nous fîmes samedi dernier, méditant dans la salle du rez-de-chaussée, entourés des tableaux d'Elisabeth. Nous étions une trentaine à pratiquer sur nos chaises dans une même écoute cette autre liberté. Toute gestuelle abandonnée, les yeux et les oreilles ouverts à l'entièreté sans rien fixer, nous faisions monde en ce bruissant silence, dans l'inconnue qui signe ailleurs et autrement le passage au point d'équilibre. On aurait dit qu'après l'apparition des choses de l'art – l'apparition de l'être nous assemblait.

Autour de nous, les toiles se tenaient animales – n'embarrassant d'aucun devoir la communauté d'existence où elles conviaient par leur simple présence les témoins muets que nous étions devenus de leur éternelle fugacité.
   

Yves Dallavalle
Chapendu

Galerie Beauvoir, 38 rue de la Folie-Regnault, Paris 75011, à partir du 12  au 29 novembre 2016.

lundi 21 novembre 2016

Donc, c'est non ?

Plongée dans le livre « Donc c’est non » qui reprend les lettres de refus divers de Henri Michaux, je ne cesse d’admirer sa féroce intégrité qui lui permet cette incroyable intransigeance couplée d’une aussi incroyable justesse.

Cette intolérance exacerbée pour tout ce qui fige, enserre et estampille est à mon sens exemplaire. 

C’est un brin radical évidemment mais grâce à cette radicalité apparaît un amour fou du vivant, du mouvement, de la reconfiguration en permanence du réel

N'est-ce pas à cela que nous nous mettons à l'écoute sur le coussin de méditation ?

Voici un extrait d’une lettre où Michaux refuse la publication d’une photo de lui.

« Mes livres montrent une vie intérieure. Je suis, depuis que j'existe, contre l'aspect extérieur, contre ces photos justement appelées pellicules, qui prennent la pellicule de tout, qui prennent tant qu'elles peuvent, les maisons familiales, les murs, les meubles, tout ce qui est permanent et stabilité et que je n'accepte pas, au travers de quoi je me vois passant. Tout ce que dans ma mémoire j'atomise, c'est ça que vous voulez faire apparaître. »



Marine Manouvrier
Bruxelles

samedi 19 novembre 2016

Une petite brèche dans notre bavardage mental

Je me souviens d’un grand restaurant en pleine nature où assis à table on pouvait contempler le paysage sauvage et au loin les montagnes de l’Ardèche. 

Tout concourait à créer une atmosphère particulière : la disposition de la table, la décoration, le ballet des personnes qui faisaient le service, la qualité de la nourriture, la musique. 

Je revois encore les assiettes artistiquement préparées qui nous étaient servies. 
La couleur et la saveur des aliments étaient en accord avec le paysage environnant. 
C’était une expérience pleine qui éveillait les sens et qui disposait à une ouverture au monde. 

Pourtant, apprécier une telle situation demande une certaine disposition d’esprit. On peut très bien aller manger dans un grand restaurant et passer à côté de l’expérience qui est proposée. On peut être préoccupé par un problème personnel et ne pas parvenir à être pleinement présent. On peut chercher à critiquer tel ou tel point, vouloir évaluer la qualité des aliments ou du service ou penser que cela coûte décidément bien cher. 

D’une certaine façon il y a un effort à faire ou plutôt un non-effort puisqu’il s’agit plutôt de se détendre dans l’expérience. 

Je vois un peu un stage ou un séminaire de méditation comme un repas dans un grand restaurant. 
De la même façon, l’apprécier demande une certaine disposition. 
Des personnes préparent le lieu, le décorent, ordonnent l’espace pour qu’il contribue à nous faire entrer dans une expérience. Les intervenants nous font goûter des enseignement ayant des saveurs nouvelles. 

Pour autant, être en mesure d’apprécier pleinement ce qui est offert demande de notre part un petit quelque chose, un état de réceptivité, un « non-effort », une détente, une petite brèche dans notre bavardage mental, ce petit rien qui est là, juste avant l’envie d’évaluer l’expérience, juste avant de penser « j’aime » ou «  je n’aime pas ».

Xavier Ripoche
Paris

vendredi 18 novembre 2016

Suivre le mouvement de l'automne

Nicolas Poussin, L’Automne, 1660, Paris, musée du Louvre.
L’automne est le moment de l’abandon. Peu à peu les feuillages se dérobent, le soleil se fait plus rare, les jours s’engourdissent. Peu à peu la nature rentre en elle-même. Les activités du printemps et de l’été s’estompent. Puis s’arrêtent. Nous pouvons sentir nous-même comme nous sommes un peu plus las, comme nous sommes appelés à ralentir notre rythme. Bien sûr nous essayons de lutter contre ça. Notre monde accepte mal cette baisse de régime. Mais au fond notre résistance est vaine. Il y a bien quelque chose en nous qui, à l’imitation de ce qui a lieu autour de nous, s’éteint petit à petit. Tout se prépare à l’accalmie hivernale.  

Mais conjointement à ce mouvement d’abandon, l’automne offre aussi d’incroyables cadeaux. Toute la nature s’est habillée d’or. Les arbres donnent leur plus beaux fruits, qui tombent généreusement au sol, remplis de soleil. Tout se donne entièrement dans l’automne. Rien n’est gardé en réserve. Ce mouvement dans lequel la nature donne, ne garde rien pour elle, pas même sa propre substance, jusqu’à s’épuiser complètement est absolument magnifique. Les choses se sont ouvertes, les choses se sont épanouies, les choses ont accumulé de la richesse, puis elles se sont données, entièrement, avant de se retirer silencieusement. C’est tellement émouvant. C’est le mouvement même du vivant.

Ce qui se passe dans la pratique de la méditation est à l’image de cette manière dont le don et l’abandon animent ensemble l’automne d’un seul et même mouvement. Quelque chose s’abandonne dans la pratique. Le seul fait de prendre un moment pour s’asseoir et ne rien faire implique un abandon. Nous abandonnons ces quelques instants que nous aurions pu consacrer à autre chose. Nous abandonnons nos activités – ou notre agitation. Nous abandonnons le divertissement. Puis, une fois assis, nous abandonnons nos mouvements, nos paroles et jusqu’à nos pensées et nos émotions. Les choses surviennent, mais nous ne nous y attardons pas, nous les laissons passer. Nous abandonnons l’idée d’être ailleurs que là où nous sommes, d’être autre chose que ce que nous sommes, de vivre autre chose que ce qui se présente à nous ici et maintenant, moment après moment. Nous nous abandonnons à chaque instant. Et à mesure que cet abandon a lieu – un peu malgré nous qui résistons toujours – quelque chose du mouvement fondamental de la vie se donne. Dans notre souffle, dans la palpitation de l’air qui nous entoure, quelque chose de tout à fait simple et silencieux mais de si plein et de si généreux se montre doucement.

J’aime profondément l’automne, car à chaque instant il me ramène à cet espace doux et généreux de l’abandon que je découvre au fil des pratiques et qui me réchauffe profondément le cœur.

Benjamin Couchot
Paris

mercredi 16 novembre 2016

Prendre soin de ses blessures

Nous avons tous très peur d’avoir mal, d’avoir trop mal, ou d’être trop inquiet, trop triste, trop seul, trop stressé…

Nous avons parfois si peur que nous ne rencontrons aucunement ce qui nous arrive. 

Nous faisons tout pour l’éviter, pour nous éloigner de ces douleurs ou de ces peines, pour les noyer…

Premier réflexe : fuir devant la peine…

Grâce à l’entrainement que nous offre la méditation, nous apprenons à devenir un peu plus courageux : la méditation nous invite à accueillir ce qui est, comme c’est, sans bouger, sans chercher à faire quoi que ce soit, mais en regardant avec précision et douceur.

Alors au lieu de rester juste un inconfort flou, une douleur irréelle, une inquiétude sourde mais même pas nommée, nous apprenons à entrer en relation avec nos peurs, nos incertitudes, nos malheurs. 

Et du fait même de les reconnaître nous pouvons commencer à en prendre soin, à les accueillir au lieu de les fuir, à les bercer au lieu de les ignorer.

Car ignorer ce qui nous arrive ne marche jamais ! Nous sommes toujours rattrapés par la réalité.

Refuser le réel est toxique.

En conclusion, une citation de l'écrivain humaniste Romain Rolland, tirée de son livre La vie de Michel-Ange, 1907.
« Il n’y a qu‘un seul héroïsme au monde : c’est de voir le monde tel qu’il est, et de l’aimer. »

Cet article est extrait de l'enseignement donné le jeudi 10 novembre 2016 dans le cadre des soirées dédiées à l'Amour bienveillant et offertes aux membres amis de l'École.

Marie-Laurence Cattoire
Paris