lundi 23 janvier 2017

La simplicité de la bienveillance aimante

La bienveillance aimante, cette dimension où l’on se sent pleinement accepté,  se montre souvent dans des moments très ordinaires. Elle peut apaiser nos douleurs, très simplement, comme dans ce souvenir lié à ma grand-mère maternelle.

Je devais avoir 11 ou 12 ans et j’étais dans une période où je perdais régulièrement des choses, les clés de la maison, des vêtements…

J’étais allée faire du shopping avec une amie et je me suis rendue compte que j’avais perdu mon gilet.  J’ai été submergée par la panique en me disant que ma mère allait vraiment me gronder très fort.

Je suis allée dans une cabine téléphonique – c’était bien des années avant l’avènement des portables – et j’ai appelé ma grand-mère : « Grand-maman, j’ai perdu mon gilet ! »  

C’était un peu curieux, elle ne pouvait pas faire grand-chose pour moi.  Je ne me souviens pas très bien de ce qu’elle m’a dit.  Je me souviens seulement qu’elle m’a proposé de me donner mon cadeau d’anniversaire à l’avance. J’ai dit non merci, parce que cela ne servait à rien.

Mais ce coup de fil m’a apaisée.  Le simple fait que ma grand-mère soit là pour moi, qu’elle m’écoute, a suffi pour calmer ma panique.

Je suis rentrée à la maison et je revois ma mère, occupée à  préparer des éléments de décoration pour ma chambre. 
Je lui ai dit que j’avais perdu mon pull et elle ne m’a rien dit. Ouf, sauvée.

Ce n’est que bien des années plus tard, devenue adulte, que j’ai réalisé que ma grand-mère avait dû appeler ma mère entretemps…


Anne Vignau
Saint-Gratien

dimanche 22 janvier 2017

Faire "bien comme il faut"...

La toute première fois que j’ai fait un exercice de « Foutez-vous la paix ! » c’était au mois de novembre dernier au séminaire du même nom dirigé par Fabrice Midal. 

Pas d’invitation à se mettre dans une posture particulière, juste sentir comment le corps se met naturellement à son meilleur … 


Directement, comme un bon petit soldat, je me redresse sur ma chaise, pose les mains sur les cuisses en me disant que nous allons de toutes façons arriver aux canoniques 6 points de la posture, donc, fonçons! 
Je jette un œil sur l’assemblée, je ne suis pas la seule semble-t-il à prendre la posture bien connue, il y en a d’autres qui font « bien comme il faut ». 

Quelques phrases plus tard, Fabrice Midal continue à nous inviter à explorer ce que cela fait de nous ficher entièrement la paix, mais toujours rien sur la posture. Les participants donnent l’impression de s’être laissés gagner par cette invitation. 

De l’étonnement premier, la tonalité a tourné à quelque chose de bon, d’ouvert avec un léger sens d’aventure. Je sens tout cela et me dis, avec un petit sourire intérieur gentiment moqueur, « nom d’un pétard, il a encore fallu que tu essaies d’être la meilleure élève ! Fous-toi la paix ! Sens comment ton corps a envie de se mettre et accueille l’invitation qui t’est faite! ». 

J’ai fait confiance, baissé la garde, laissé les mots parler directement à mon être plutôt qu’à mon intellect et une sensation d’intense soulagement a parcouru tout mon corps, comme s’il disait un grand ENFIN ! 

C’est tout simple, je PEUX me ficher la paix !


Marine Manouvrier
Bruxelles

vendredi 20 janvier 2017

S'asseoir et ne rien faire

Lorsque j’ai commencé à pratiquer la méditation, je me souviens avoir passé beaucoup de temps à chercher la posture « correcte ».  

Je m’asseyais et j’essayais, par un certain effort, de trouver une belle droiture, de relâcher les épaules et d’ouvrir ma poitrine.

J’avais en tête l’image d’une « bonne » posture et j’essayais d’atteindre cet idéal. Lorsque des douleurs au dos apparaissaient, souvent en raison des tensions induites par cette quête, je m’en voulais et je me jugeais sévèrement. 

J’avais le sentiment de ne jamais y arriver...

Aujourd’hui, quelque chose dans ma manière d’aborder la pratique à profondément changé.
Plutôt que de commencer par chercher à avoir une « bonne » posture, je commence par un arrêt ! Au début de chacune de mes pratiques, je m’assieds et j’arrête tout ! Pendant quelques secondes, je décide de ne faire absolument rien. 

Parfois, je me dis juste : « fous-toi la paix ! » et c’est tout !

Immobile, en silence, sans rien faire, je retrouve la vie qui est déjà là, la vie qui m’anime avant tout effort ! Je reviens au point zéro, à l’espace premier, libre et ouvert, du présent vivant.
A partir de ce champ de vie, je retrouve mon corps. Mon corps n’est plus cette image d’une posture parfaite, mais d’abord,  le lieu même où la vie se déploie. 

Alors je découvre, ô surprise, comment la posture n’est pas une restriction de la vie, mais au contraire, une manière de la célébrer encore d’avantage !

Guillaume Vianin
Neuchatel

jeudi 19 janvier 2017

Cela fait une semaine que ça ne va pas...

Cela fait une semaine ! Une semaine que ça ne va pas. Pourtant je devrais être habitué, tous les ans c’est pareil. Je suis entré dans son bureau assez détendu mais j’en suis ressorti deux heures plus tard complètement déprimé et depuis je ressasse cet entretien,  je tourne en rond, je broie du noir. 

C’est à peu de choses près tous les ans le même cérémonial. 

Tous les critères sont passés en revue : « ça c’est bien, ça c’est moins bien, ici je te mets un plus, là je te mets un moins» et encore : « tu devrais faire preuve de plus d’initiatives, prendre plus de risques », et aussi : « tu es autonome c’est bien, mais on ne sait pas trop ce que tu fais, tu devrais communiquer plus ». 
Tout cela est évidemment dit pour mon bien.

Je suis sensé moi aussi infliger dans les prochaines semaines la même épreuve de l’entretien annuel d’évaluation à mes collaborateurs, leur dire ce qu’ils ont fait de bien et ce qu’ils doivent améliorer. Tout cela pour leur bien, évidemment.

Comment expliquer à quelqu’un qui est l’étoile montante de la société, reconnu de tous, hyperactif et débordant d’énergie, qui est dans toutes les réunions importantes, dans tous les projets novateurs, qui à force de volonté a atteint et même dépassé ses objectifs, comment dire que je n’ai pas le même point de vue sur le travail et sur la vie en général ?

Hier soir je suis allé écouter Fabrice Midal pour la sortie de son livre « Foutez-vous la paix ». Cela m’a beaucoup éclairé. J’ai vu que dans une telle situation il ne s’agit pas de dire à mon interlocuteur : « je m’en fous, nous ne sommes pas du même monde », mais plutôt de voir très concrètement en quoi dans ce contexte je m’affaisse, je ploie sous le poids des injonctions, je perds mon humanité, je rentre dans ce système que pourtant je critique. 

Je comprends que se foutre la paix est loin d’être facile. 

Cela demande un vrai travail mais sans doute au bout du chemin il y a le mot « éthique » qui fait tant défaut dans notre monde du management généralisé. 

Xavier Ripoche
Paris

jeudi 12 janvier 2017

Le bruit de nos pensées

Le silence dans lequel nous nous posons dans la méditation nous permet d’entendre le bruit de nos pensées ! Et ça c’est tout à fait génial !

Nous nous asseyons, nous décidons de nous taire et de ne plus bouger pendant quelques dizaines de minutes et là, grande découverte, nous réalisons que ça n’arrête pas de "tourner" dans notre tête !

Le bruit incessant et parfois assourdissant de nos pensées est masqué par toute l’agitation que nous sommes capables de déployer au quotidien. 

C’est très bien de faire des choses, mais le nombre de fois où je me surprend à les faire mécaniquement, ou par réflexe, sans même plus faire attention à savoir si cela a du sens ou si c’est opportun… Écrire et envoyer un mail à toute vitesse – sous la pression d’une pseudo urgence en laissant le correcteur automatique envoyer des contre-sens, répondre à un de mes enfants sans même avoir pris le temps d’entendre la question pour de bon, me camper sur une idée que j’ai d’une situation ou d’un événement sans laisser d’espace à une autre vision des choses…

Il y a de nombreuses occasions de suivre nos pensées comme un âne suit la carotte, et sans récompense au bout en plus !

Dans le silence de la méditation, on découvre cette vélocité de l’esprit, cette agilité parfois magnifique et qui parfois nous leurre aussi. En nous posant, en nous asseyant, nous aérons nos pensées, nous leur laissons davantage de place au lieu de les entasser toujours plus nombreuses de manière étouffante.

Nous nous redonnons la possibilité de penser pour de bon au lieu d’être prisonnier de mille et une idées contradictoires à la fois.

La méditation purifie l’air ambiant de notre esprit, patiemment et sans violence.

C’est en cela que la méditation est un acte d’intelligence, qui peut nous permettre d’agir plus justement, en nous libérant de nos habitudes remplies de bruit et d’agitation.

Marie-Laurence Cattoire
Paris

vendredi 6 janvier 2017

Les poètes, ces gardiens de la vérité

Arthur Rimbaud par Paul Verlaine.
D’une manière très étonnante, lire les poètes nous (ré)accorde au monde. Quand le monde semble mort, quand nous nous sentons loin de nous-même ou de notre existence, le poème nous relie au bouillonnement de la vie à un niveau très profond. Il tranche avec le train-train du quotidien et nous permet de retrouver un corps, de toucher la vérité de notre expérience.

Le poète ne demande rien, il n’aspire même pas à être poète. Son aspiration, c’est d’être au plus près du réel. Il ne supporte tout simplement pas le bavardage ou la grossièreté des discours psychologisant et intellectualisant sur le monde. « Il est à l’avant poste, par son entente du monde corporelle, il voit et sent ce qu’est son temps. C’est la plupart du temps insoutenable », comme le souligne Fabrice Midal dans son livre Pourquoi la poésie

Les poètes sont en quête de vérité et cette quête ne soutient aucun compromis. Il ne nous est pas demandé à tous d’avoir cette aspiration mais ce qu’ils nous apprennent, c’est que certains êtres humains sont liés par un espèce de miracle à la proclamation de la vérité.

La manière dont les poètes sont fidèles à cet appel du réel est particulièrement poignante. Ils gardent et tiennent quelque chose pour tous les autres hommes. Lorsque nous pratiquons la méditation - en nous engageant ainsi à faire l’épreuve de ce qui est - nous gardons aussi quelque chose du cœur même de notre humanité.

Marine Manouvrier 
Bruxelles

mercredi 4 janvier 2017

Aborder le présent avec délicatesse

La méditation m'a appris à reconnaître et à apprécier l'atmosphère d'une situation, 
d'un moment, 
d'un jour...

Les philosophes allemands appellent cela la Stimmung, cette tonalité particulière du moment que l'on peut écouter pour s'y accorder.

Se mettre au diapason de cette atmosphère, de cette Stimmung, nous permet  de développer de la délicatesse, de respecter ce qui se passe, d'aborder le présent avec attention au lieu de foncer dans le réel tête baissée...

Se mettre à l'écoute de la couleur d'une situation c'est comme observer la météo : rien de plus simple que de savoir quel temps il est fait si l'on veut savoir comment s'habiller ! 

De même sentir une certaine tristesse dans l'air, comme un goût de nostalgie, ou au contraire une exaltation, une joie, nous permet de danser avec l'instant présent, de laisser résonner et l'émotion au lieu d'en avoir peur ...

Récemment j'ai relu avec délice Glaneurs de rêves de Patti Smith. Son introduction est une très belle description de la Stimmung. Telle est la force des poètes :

"En 1991, je vivais dans les faubourgs de Detroit avec mon mari et mes deux enfants, dans une vieille maison en pierre installée près d'un canal qui se jetait dans le lac Saint Clair... Du lierre et des belles-de-jour grimpaient aux murs fissurés. L'herbe était trop haute dans la jardin, à la consternation des voisins qui tentaient régulièrement de le domestiquer quand nous n'étions pas là... J'aimais profondément ma famille et notre maison, mais ce printemps-là, j'ai été envahie par une mélancolie terrible et inexprimable. Le ménage fait et les enfants à l'école, je restais assise pendant des heures sous les saules, perdue dans mes pensées. Telle était la tonalité de ma vie lorsque j'ai commencé à composer Glaneurs de rêves."


Marie-Laurence Cattoire
Paris

dimanche 1 janvier 2017

La concentration ? Mais non, l'attention !


Je remarque souvent les fruits de la méditation quand je me promène dans la nature. L’attention aux détails, sans rien perdre de la qualité de l’ensemble de la situation, me surprend.


Tout ce qui croise mon regard a une saveur particulière. J’ai terminé hier le livre de Willy Ronis, Ce jour-là, qui reprend une série de ses plus belles photos et je me dis que la qualité de l’attention du photographe est formidable. D’emblée, il voit les liens entre les choses, les rapports qui font qu’il y a harmonie. Il y a quelque chose de cela dans les promenades post-méditatives.


Alors quand j’entends dire que la méditation améliore la concentration, je m’interroge car  lorsque nous sommes concentrés sur un travail, tout ce qui n’est pas lui disparaît. C’est un processus de focalisation qui est à l’œuvre, le monde alentour est gommé.

Rien de tout cela dans la pratique de la méditation, tout du contraire même : la pratique de la pleine présence rend le lien entre le réel et nous beaucoup plus amplement vivant.


Et, pour le plaisir, cette photo tirée du livre avec cet enfant attentif au tableau.
 
Marine Manouvrier
Bruxelles

vendredi 30 décembre 2016

Contre toute attente

Le compagnon avec qui j’ai partagé ma vie pendant ces quinze dernières années est décédé il y a un peu plus de deux mois. Il a pu resté chez nous et je l’ai accompagné, pas à pas, jusqu’à son dernier souffle. Une cérémonie d’adieu a scellé son départ définitif, et maintenant, je suis veuve. 

Je m’attendais à être triste tout le temps, mais la réalité est différente. 

Il m’arrive même, par moments, quand je suis par exemple avec mes petits-enfants, d’être joyeuse et de rire. Ou d’être heureuse quand  je suis en compagnie d’amis chers à mon cœur. 

Nous avons souvent une idée préconçue de comment les choses devraient être « normalement ». Une veuve devrait être « éplorée », ou « inconsolable ». 

Dans la réalité, chaque relation est singulière, chacun vit les évènements qu’il traverse à sa manière, à son rythme. Il n’y a pas un modèle de deuil, ni une façon correcte ou convenable d’être en deuil. Le modèle est au contraire problématique, parce qu’il vient nous faire douter de ce que nous vivons. Est-ce normal que je ne pleure pas tout le temps ? Est-ce normal que je puisse rire ? Je sais aussi que par moments, réaliser la côté définitif de cette absence me fera perdre pied, ou que voir un couple qui marche  dans la rue main dans la main me fera mal. 

Quand je médite, je me rends compte qu’il y a comme des couches d’émotions,  plus ou moins profondes, plus ou moins mobiles, plus ou moins reliées aux circonstances extérieures. Il n’y a pas une identité fixe  de « veuve éplorée », mais la vie qui continue en moi  et tente d’intégrer l’inconcevable. Alors quand je ris, je me fous la paix, et je vis ce que j’ai à vivre sans me soucier du regard un peu surpris de ceux qui pensaient me trouver inconsolable.

Dominique Sauthier
Genève

lundi 26 décembre 2016

Le grand secret

« Les peluches aussi connaissent le secret de l'être » m'écrivait il y a peu Catherine Ternaux, dont le blog Variations de la pesanteur émane un monde aussi discret qu'enjoué. 

Pour preuve, elle joignait à son mot simple et profond cette photo, où l'on voit un âne, de paille et de son, enseigner à son amie Soja la fameuse formule pour se laisser pousser les oreilles.
 
Qui ne sait plus s'arrêter devant une peluche – interpellé par sa présence parallèle – a peut-être depuis trop longtemps replié ses ailes. C'est bien dommage ! Et d'autant plus que d'éminents enseignements de la voie du Bouddha nous engagent diligemment, entre deux méditations, à devenir enfants de l'illusion.
 
Au fait, face à une peluche, où se niche-t-elle – l'illusion ?

Est-ce céder – le temps du rêve – à l'artifice du jouet ?

Ou bien (au prétexte d'être fait de chair et non de coton) de se croire exempt de fabrication ? En faut-il cependant des cisaillages et des ravaudages pour fabriquer une grande personne !
 
Et l'enfant né de cette illusion – où le chercher ?

Dans l'étonnement que la peluche ne fasse point suivre d'un quelconque mot ce que le surgissement de sa présence promettait de conversation ?

Dans l'heureuse surprise des anciennes choses dégradées en objets – reprenant soudain corps ?

Et dites – pourquoi se fige-t-on ainsi dans la cire de l'instant pour se mettre au diapason de leur éternelle contemplation ?
 
Vertiges de l'enfance devant le coffre ouvert des questions ! Et tendresse de ces vertiges que la sage immobilité des poupées nous inspire. Désarmantes peluches – pétrifiantes de bonté – accordez-nous la simplicité !

Aux enfants oubliés que nous sommes – veuillez vous offrir sous la forme de quelque effigie de laine à la proue de nos vies ! Vous nous apprendrez ainsi à nous tenir, devant la joie et devant la peur, comme des jouets qui savent tout accueillir.

Yves Dallavalle
Chapendu